Il est 1h30.

Il me reste du temps avant de pouvoir m'endormir, alors je me dis "pourquoi pas ?". Peut-être est-ce le moment de commencer quelque chose de nouveau.

Je m'appelle Maël.

Je ne m'appelle pas Maël, pas vraiment. Je ne me sens pas le droit de porter ce prénom. J'ai peur. Peur des réactions de mon entourage, surtout ma famille. C'est comme renier le nom qu'ils m'ont offert, non ? Je ne veux pas leur faire de mal, les faire pleurer, encore. C'est l'image qu'ils avaient de moi qui se brise et ça me fait autant de mal qu'à eux.

Je suis un entre-deux.

Au fond de moi je me dis qu'il est encore temps de renoncer, de faire demi-tour et rentrer dans les clous. Je ne veux pas faire mon original, j'ai jamais voulu sortir du lot. Quand je faisais du théâtre au collège, on faisait des improvisations, et j'étais écrasé par les autres qui tentaient absolument d'avoir la parole. Je ne leur en veux pas. Je trouve juste ça dommage. En partageant le temps, on aurait fait quelque chose de bien plus beau et tout le monde aurait été satisfait.

La peur de déranger m'oppresse. La peur des regards emplis de jugement aussi. "Comment ça, t'es pas une fille ?". Rien que cette question-là, pour une personne trans, est douloureuse. "Comment ça, t'es pas un garçon non plus ?". Eh merde.

Je suis dans un entre-deux. Retourner dans ma case de "fille", ou même de "femme". Puisque j'en ai l'air. Ce serait tellement plus simple, de passer mon existence à faire comme si. Ou passer le cap de l'ouragan, et clamer haut et fort que JE SUIS UNE PERSONNE !

 

Je ne hais pas les femmes, loin de là. Je connais leur souffrance puisque j'y ai été confronté pendant des années et même encore aujourd'hui, avec mon physique féminin. Je me battrai avec elles. Ce n'est pas une tentative de fuite, un dégoût de la féminité... Ce n'est tout simplement pas moi.

Je m'appelle doucement Maël, et il me reste encore du chemin à parcourir.